Hommage aux victimes de l'Hypercacher de Vincennes - Chabbat Yitro - Blog d'articles parus dans divers journaux - Consistoire de Lyon

Aller au contenu

Menu principal :

Hommage aux victimes de l'Hypercacher de Vincennes - Chabbat Yitro

Publié par dans Drachot ·

Plusieurs semaines se sont maintenant écoulées depuis l’assassinat de Yoav, Yoan, Phillippe et François-Michel, à Vincennes.
Les cœurs sont lourds, les cérémonies, nombreuses, et en ce moment même, des voyages sont organisés pour la Tunisie pour soutenir le père de Yoav.
Ces agressions ne sont pas les premières, et interviennent dans le cadre d’un climat d’hostilité d’une religion, ou de ceux qui l’utilisent, contre le monde non croyant.
Dans ces moments de fragilité, les religions se remettent en question, et font l’état de leurs propres déviances, dans la sidra de la semaine, nous avons la possibilité d’analyser le fondement même de nos croyances, par la lecture d’un texte fondamental : le don de la Torah, la théophanie.
Cet épisode exceptionnel, qui a transformé le paysage religieux jusqu’à nos jours, semble tout de même comporter certaines zones d’ombres.
Parmi les détails précis de la majesté du don de la Torah, le texte nous  décrit le brouhaha de la nature, les éclairs, le tonnerre, la fumée, le feu mais aussi un détail intriguant.

ויוצא משה את העם לקראת האלהים מן המחנה ויתיצבו בתחתית ההר

« Moïse fit sortir le peuple du camp au-devant de la Divinité et ils s'arrêtèrent en dessous de la montagne. » (19.17)
Le Talmud (chabbat 88A) nous explique que D. aurait menacé le peuple de tous les ensevelir sous la montagne s’ils n’acceptaient pas de manière définitive et irréversible tout le contenu de la Torah.
Cet enseignement pose des questions fondamentales sur la conception du divin et du libre arbitre.

Comment D. peut-il forcer un homme à le croire, n’est-ce pas là, toute la beauté du libre arbitre ? et quelle récompense attribuer à une personne qui rend service le couteau sous la gorge ? Si c’est ainsi, pouvons-nous admettre que nous avons accepté la Torah, où n’avons-nous céder à la menace pour sauver notre vie ?

Dans ce même traité, les tossaphistes expliquent que de surcroit, la menace avait été proférée contre les hébreux, bien après qu’ils aient proclamé « naassé Venichma » « nous ferons et nous comprendrons ».

L’ultimatum devient alors tout à fait incompréhensible : si les bnei israel avaient déjà approuvé sans condition le message divin, pourquoi les menacer pour qu’ils l’acceptent de nouveau ?

Le Maharal de Prague, au 16 e Siècle, expliquait que l’acceptation de la Torah ne pouvait pas dépendre uniquement de l’accord qu’avaient donné les bnei israel par leurs Naassé venichma.
Il faut comprendre que l’application de la Torah n’est pas simplement une attestation de notre foi, elle est l’accomplissement de ce que D. a prévu de mieux pour ce monde, et lorsque D. a proposé la Torah à l’humanité, il ne cherchait pas simplement des fidèles mais surtout des partenaires de la création.
Ainsi, il eut été inconcevable de laisser entendre au peuple créateur que la réalisation de ce plan dépendait de leur acceptation, de leur volonté ou de leur humeur.
Il fallait qu’ils l’acceptent totalement, et pour toujours, les jours où le judaïsme côtoie le divin comme  le jour où le judaïsme côtoie la souffrance.
Nos quatre frères qui sont morts il y a quelques semaines, ont été tués alors qu’ils préparaient leurs chabbat, ils sont donc partis en tant que partenaires de D. dans la création.
Lorsque la révélation de D. était devenue insoutenable, certains hébreux avaient été se plaindre auprès de Moise, il leurs répondit : Moïse répondit au peuple: "Soyez sans crainte! C’est pour vous mettre à l'épreuve que le Seigneur est intervenu. (ch 20,17)
Rachi expliquait : n’ayez pas peur du danger, car aux yeux du monde, c’est vous qui avez été choisis, c’est aussi dans les situations difficile que vous influencerez le monde.
Ce chabbat là, nous avons perdu nos frères, mais il tient qu’à nous d’honorer leurs mémoire pour les élever en symbole.
Il ne s’agira pas d’un symbole d’union éphémère, pas une manifestation ponctuelle, mais la transformation de notre conception de notre rapport à la société.
Nous sommes en permanence, en tant que juifs, porteurs d’un symbole, d’une doctrine, et partenaires de la création, et pour cela, ceux qui veulent détruire l’unité de ce monde choisissent de nous attaquer.
Sachons, à partir d’aujourd’hui porter la volonté de nos frères, et tachons dès à présent apprendre à comprendre qui nous sommes, ce que nous sommes, notre histoire et les valeurs que nous véhiculons, c’est ainsi que la mémoire de nos frères sera élevées à tout jamais auprès du créateur.





3 Commentaires
Vote moyen: 13-3.0/5
Aucun commentaire

Retourner au contenu | Retourner au menu