La gestion des émotions - Consistoire de Lyon

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La gestion des émotions

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Résumé de la soirée « Emotions »

 
10 février 2021

 

 
 
Le mercredi 10 février 2021, dans le cadre de Yerousha Tilsitt, a eu lieu une table ronde sur le thème les émotions, à laquelle ont participé Monsieur le Rabbin Nissim Malka de la Grande Synagogue de Lyon, Monsieur le Rabbin Eymann Hagège de Clermont-Ferrand, Johanna Nezri Benhaim, journaliste, Eva Malka, traductrice et conseillère d’orientation en France et en Israël, Corina Veleanu, enseignante-chercheuse en jurilinguistique.

 
La question des émotions a été abordées selon la tradition juive par les deux rabbins, notamment sous l’angle de l’identification des émotions avec l’être, ainsi que du point de vue de l’infini de l’âme, élément-clé dans toute discussion sur ce sujet. Le fondement du dialogue rabbinique a été constitué par le schéma établi par le psychologue Paul Ekman, et plus particulièrement les six émotions de base - la joie, la colère, le dégoût, la tristesse, la surprise et la peur-, tout en sachant que, selon sa théorie, toutes les émotions sont, en fait, un savant mélange de ces émotions de base.
 
L’idée derrière cette table ronde avait été de rassembler des points de vue divers, appartenant à plusieurs types de professionnels de la communication, comme les rabbins en tant que gardiens des valeurs spirituelles de la communauté, les journalistes de la presse écrite, les traducteurs et les conseillers pédagogiques qui se trouvent en première ligne dans les projets d’avenir des jeunes et de leurs familles, et les enseignants-chercheurs qui sont en contact immédiat avec les étudiants et les textes.  En temps normaux, les émotions ont leurs modes d’expression qui se trouvent exacerbés ou diminués en temps de crise. En partageant nos expériences professionnelles et personnelles au contact des émotions, cela pourrait mettre ce sujet en perspective et nous aider à relativiser, à nous positionner de manière plus juste, à mieux gérer les vagues émotionnelles qui peuvent s’avérer assez problématiques à contenir.

 
Corina Veleanu a fait une brève introduction théorique et linguistique dans le domaine des émotions telles qu’elles sont perçues et exprimées en période de crise. Sa propre expérience du dialogue avec les étudiants en cette période d’enseignement à distance lui a démontré que les jeunes ressentaient le besoin de parler de leurs émotions, ce qui avait apporté un plus d’authenticité dans la relation étudiant-enseignant. L’absence du langage corporel lors des réunions et des cours en vidéoconférence est une source d’effort supplémentaire pour nos cerveaux, qui doivent suppléer d’information affective normalement transmise par nos mimiques, nos gestes et nos micromouvements, et qui font cela en remplaçant cette information qui constitue plus de 90% de notre communication interpersonnelle par des suppositions d’ordre négatif quant à la réaction de nos interlocuteurs. D’où une sensation d’épuisement, ainsi qu’un sentiment d’insatisfaction, d’insécurité aussi, et qui rajoute au poids psychologique de la communication à distance. Il existe, donc, des avantages et des désavantages à faire cours en ligne, car on est certes chez soi, dans son environnement familier, on ne perd plus de temps dans les transports en commun ou en voiture, on a l’impression que l’on reçoit les étudiants à la maison et qu’ils reçoivent les profs chez eux, cela peut créer un rapprochement ainsi qu’une responsabilisation de la part des étudiants, mais nous ne pouvons plus inclure dans ce dialogue nos corps, l’acte de communication restant, ainsi, voué à l’incomplétude. Ne plus voir les mouvements du corps de l’autre revient à dire que l’on ne voit plus les émotions de l’autre, car émotion signifie étymologiquement « bouger », « sortir de soi », ce n’est pas pour rien que nous disons en français « être hors de soi ». L’émotion nous déplace, à l’intérieur de nous-mêmes et du groupe auquel on appartient, elle est spatiale et s’inscrit dans le temps. En tant qu’expérience humaine, l’émotion est définie culturellement, il s’agit d’une expérience humaine bien qu’aujourd’hui on puisse affirmer que les animaux aussi peuvent ressentir des émotions. Le rabbin Nahman de Bretslav avait énoncé le grand commandement de « toujours vivre dans la joie », ce qui nous ramène à la question de la perception des émotions qui est à la fois individuelle et collective. Le fameux « je pense, donc je suis » de Descartes doit aujourd’hui être amendé et reformulé sous la forme « je ressens, donc je pense, donc je suis », parce que notre premier contact avec le monde réel est un contact sensoriel, car nos sens transmettent à nos cerveaux des informations qui sont traitées sous la forme de perceptions, transformées en sensations qui seront traduites par des émotions qui seront exprimées par des mots. Nos émotions sont aussi collectives, et l’on parle aujourd’hui d’une société des affects, du fait que nous vivons dans une société d’émotions dans laquelle l’on met un grand accent sur l’image et l’émotion, notamment sur les réseaux sociaux. Les émotions collectives mènent à des changements dans la société, à des révolutions, à l’évolution des systèmes juridiques et l’on a vu ces derniers mois le débat engendré dans la presse et dans le monde juridique par la notion d’écocide et que certains souhaiteraient introduire dans le droit pénal français, insistant sur la l’émotion de la peur de la destruction de l’environnement, sur le sentiment de culpabilisation et sur celui du devoir citoyen. Les émotions prennent des formes variées et s’expriment souvent à travers nos corps car elles nous donnent des sensations physiques. En français il existe des expressions révélatrices en ce sens : « avoir la gorge nouée », « avoir des papillons dans le ventre ». Les émotions s’expriment aussi par des actions comme la tzedaka, expression de la compassion et de la justice et qui sert à rééquilibrer le monde. Une autre manière d’exprimer les émotions est de le faire à travers des rituels, comme, par exemple, à Yom Kipour, lorsque l’on pose des gestes pour exprimer le repentir et une certaine tristesse. L’émotion est aussi sociale parce qu’elle peut être organisée socialement : à Pourim on se réjouit, à Kipour on se repentit, à Soukkot on est dans le partage. L’émotion reflète une culture, elle reflète aussi un temps, et une manière de se positionner par rapport à l’éducation. Boris Cyrulnik disait : « élever un enfant, c’est l’aimer, lui apprendre les mots pour exprimer ses émotions et l’éduquer », et aussi que « l’affectivité crée un monde intime » qui va orienter la plupart de nos décisions, de nos comportements et des engagements que nous prenons dans la vie. Les mots que nous employons façonnent le monde dans lequel nous vivons, et, dans celui qui est le nôtre depuis presque un an, les mots qui expriment les contraintes, les restrictions, les limitations nous assoient dans une relation directe entre l’espace et l’émotion. On peut même dire que l’espace est émotion lorsque l’on regarde les mots hébreux qui expriment les actions des « restreindre », « lier », צרר « tzarar », צוק « tzuc », « contraindre », et donc, cette idée de détresse est exprimée par des métaphores spatiales qui sont liées au confinement, à l’encerclement, à l’emprisonnement, à un état de siège, à l’isolement. En français on dit « être à l’étroit », ou bien « j’ai besoin d’espace, de place », « je ne peux pas respirer », « être envahi par l’émotion ». Une autre citation du Rabbin Nahman de Bratslav nous apprend que « dans la vie on marche sur un pont très étroit, le plus important c’est de ne pas céder à la peur. » Tout ce qui est étroit est lié à la peur. Le terme « crise » a une double connotation, négative à première vue, positive aussi. Il porte en lui les trois dimensions temporelles, car une crise marque une rupture avec le passé, elle nous fige dans un présent plus ou moins long et elle nous met face à un avenir qui est toujours incertain. La notion d’incertitude nous démontre à quel point les mots nous parlent : venant du latin « crisis », la crise est apparentée étymologiquement à la certitude, au discernement, au verbe du grec ancien qui veut dire « discerner, trier, trancher ». La crise est, à l’origine, un terme médical et qui signifie un changement en bien ou en mal qui survient dans le cours d’une maladie. La crise nous apparaît, ainsi, comme un changement, pas forcément négatif, mais plutôt comme une occasion de discerner, de faire un tri, elle nous oblige à poser un jugement et à faire un choix. On voit que l’espace est au cœur de l’expression émotive. En hébreu, עבר על , « eber el », veut dire « envahir, passer dessus, traverser, passer d’un point de l’espace à un autre », lorsque l’on dit que l’esprit de la jalousie a envahi quelqu’un. On voit que nos espaces aujourd’hui sont limités, circonscrits, nous mettant vraiment à l’étroit, car on est confinés, on est isolés, mais on est dans un face à face avec nos émotions, פָּנִ֣ים אֶל־פָּנִ֔ים, panim-al-panim essentiel, d’abord avec nous-même, mais aussi et surtout avec Dieu, puisque « crise » rime avec « incertitude » et aujourd’hui, on  voit que la seule certitude véritable, c’est le divin. Dans le Guide des perplexes de Maimonide, il est montré une relation intéressante entre le concept de foi et les émotions, la colère, l’indignation et, au pôle opposé, la joie et l’allégresse : « C'est ainsi que (les autres prophètes), lorsqu'ils décrivent la ruine d'un individu, d'une nation ou d'une ville, attribuent à Dieu des dispositions de colère et de grande indignation contre eux mais, lorsqu'ils décrivent la prospérité d'un peuple, ils attribuent à Dieu des dispositions de joie et d'allégresse. […] car la foi en Dieu et l'allégresse que cause cette foi sont deux circonstances qui ne peuvent jamais cesser ni s'altérer dans celui à qui elles sont arrivées. » Maimonide remarque aussi les relations extrêmement étroites qui existent entre les maladies du corps et les émotions. Dans son étude intitulée « L'exercice clinique au quotidien de Moïse l'Espagnol ou Maïmonide, précurseur de la médecine psychosomatique », Jérôme Talmud, docteur en médecine et docteur ès lettres et sciences humaines, cite Maimonide : « … l'action de la souffrance morale et de l'oppression que nous constatons affaiblit les fonctions psychiques et physiques (…) l'émotion affaiblit les organes respiratoires … » Au contraire, « La joie et le plaisir provoquent (l'état) contraire et renforcent le moral : l'organisme verra s'accomplir ses fonctions aussi complètes que possible. […] À partir des affects de la souffrance et de la tristesse, d'une part, de la joie et du plaisir d'autre part, Maïmonide démontre que l'homme est un "tout" psychobiologique, et que l'émotion a des répercussions à la fois psychologiques et organiques. »

 
La question de l’oubli en tant qu’émotion, posée par le rabbin Nissim Malka, remet en discussion l’ordre prévalent des émotions, dont les dernières, également citées par Maimonide (« Car voici, je crée Jérusalem pour l'allégresse, et son peuple pour la joie. » ; « les premières détresses seront oubliées et dérobées à mes yeux. Car voici, je crée des cieux nouveaux et une terré nouvelle, on ne pensera plus à ce qui a précédé et on ne s'en souviendra plus. »), sont la joie et l’allégresse, des émotions positives et nouvelles, remplaçant la détresse et la tristesse, et nous aidant à donner un sens positif à toutes les souffrances. La force de l’oubli permet de lisser toutes les formes d’émotion : la colère, la peine, la tristesse, la passion, car, avec le temps, l’oubli permet à nos émotions de trouver une place dans notre conscient, étant en même temps le ciment de plusieurs émotions, ce qui leur permet de cohabiter. Lorsqu’une personne n’arrive pas à gérer ses émotions, elle est paniquée, troublée, envahie par ses émotions, un trop-plein d’émotions pouvant aller jusqu’à provoquer même des réactions psychosomatiques, comme le démontrait le Rambam.

 
Johanna Nezri Benhaim nous a ensuite ouvert une fenêtre vers le monde du journalisme et nous a parlé des différentes manières d’aborder la question des émotions dans sa profession. Les émotions étant omniprésentes, comme l’a souligné le rabbin Nissim Malka, et si profondément enfouies qu’elles définissent, malgré nous, notre chemin ainsi que nos choix, qui vont dépendre de la puissance des émotions éveillés un jour par des personnes et des situations rencontrées dans nos vies. Dans nos choix de voies professionnelles, par exemple, il faut, à un moment donné, avoir une émotion suffisamment forte pour nous porter dans une certaine direction : celle du journalisme, du rabbinat, de la traduction, de la recherche… Dans le journalisme, on court le risque de tomber dans le sensationnalisme, où l’on peut jouer sur les émotions pour vendre ou pour faire admettre quelque chose ; c’est le propre du journalisme de savoir restituer la vérité sans la pervertir. En tant que journaliste de terrain, Johanna a expliqué le fonctionnement de ses confrères qui est soumis au moral du jour, à l’éducation des chacun d’entre eux, à leur état d’esprit ou de fatigue, etc. Un analyste politique ou économique ne gérera pas les émotions de la même façon qu’un journaliste qui va sur un théâtre de guerre ou qui couvre des manifestations violentes. Sur le terrain, le stress et l’adrénaline, qui peuvent être paralysants, étaient un véritable moteur. La couverture des faits divers sont des choses que les gens aiment regarder, dont ils sont friands, sans pour autant l’avouer. Transmettre l’émotion que le journaliste a pu ressentir en tant que témoin direct n’est pas chose facile et les faits sont le meilleur rempart face à ce trop-plein d’émotion. Ces mêmes faits vont toujours ramener vers un état, non pas d’objectivité, car celle-ci reste un leurre, mais surtout vers un le but du métier, et qui d’être, sur le terrain, les yeux et les oreilles du public resté à la maison en l’attente de lire l’article rédigé et publié. Les journalistes vont à la collecte de l’information, une information qui est vérifiée de la manière la plus précise, avec les témoins, les victimes, les représentants des institutions. Une fois rentrés au journal, dans un face à face avec eux-mêmes, devant leurs blocs-notes et les écrans de leurs ordinateurs, les journalistes doivent faire une synthèse, de sortir de ces émotions-là pour essayer de traduire une information le plus justement possible. Leur mission est d’essayer de fournir au lecteur, à l’auditeur, au spectateur une information qui soit la plus juste et la plus complète possible. Dans la couverture des procès aux assises, on peut se rendre compte du fait que le tribunal est une formidable caisse de résonance pour les émotions. Le Rabbin Attia disait dans un de ses cours qu’un juge qui n’écoute que l’une des deux parties sera disqualifié, et que l’on est obligé d’avoir les deux parties en présence avant de commencer un procès. Dans le procès, on passe par plusieurs émotions. D’abord, le président du tribunal explique les faits, les témoins et les experts interviennent, ensuite la victime parle et l’on est transportés avec elle, les émotions que l’on a par rapport à la personne dans la boxe des prévenus sont d’ordre négatif. Heureusement, l’on pourra écouter non seulement le procureur de la République pour représenter la société, mais aussi la défense du prévenu, ce qui permet de se rendre compte que le lieu qu’est le tribunal est en fait un catalyseur d’émotions, ce qui aide à former une opinion complète tout en bénéficiant du recul nécessaire à l’écriture d’un article.

 
Le rabbin Nissim Malka a abondé dans ce sens tout en évoquant la difficulté de distinguer l’affect de l’information devient, ainsi, évidente, ce qui n’est pas sans rappeler la problématique du don et de la, rétention de l’information dans le judaïsme et plus particulièrement le lachon hara. La difficulté de distiller l’information, la manière dont on la donne, le contexte dans lequel elle arrive à l’auditeur sont tous des facteurs importants et qui participent de la réussite de l’acte de communication. Retravailler l’information obtenue dans un contexte chargé émotionnellement comme celui, par exemple, du conflit au Kosovo, de façon à l’épurer de sa colorature affective fait partie de l’éthique même du journalisme.

 
Eva Malka, en tant que conseillère en orientation pour les étudiants post-bac en Israël, est elle-aussi confrontée à un trop-plein d’émotion lorsqu’ils doivent choisir leurs futures formations et qui vont définir leurs parcours professionnels. Ancré dans l’expérience de son alya lorsqu’elle avait18 ans, le souvenir des instructions reçues dès leur arrivée à l’aéroport à Tel Aviv concernant le port d’un masque à gaz sont un exemple d’un marquage affectif pour les jeunes olim. L’arrivée dans un nouveau pays qui est dans un état de crise permanent, avec une nouvelle culture, une nouvelle histoire, avec de nouvelles règles, de nouvelles lois, notamment en ce qui concerne la sécurité, qui signifie aux nouveaux-arrivants qu’ils sont chez eux mais que leur intégration implique de nouvelles adaptations, reste un événement émotionnel fort. Un pays dynamique et réactif dans lequel on enseigne aux enfants dès le plus jeune âge une certaine assurance ainsi que des gestes et des réactions pour se protéger et protéger les autres. Ceci s’apprend à l’école lors des séances intégrées dans le programme scolaire, animées par des conseillers pédagogiques qui habituent les enfants et les jeunes à ressentir, décoder et gérer leurs émotions les plus basiques comme la colère, la peur, etc., ainsi que celles des autres personnes autour d’eux. La distance entre l’enseignant et l’élève en Israël n’est pas la même qu’en France, étant donné que les élèves appellent les enseignants par leurs prénoms et qu’il n’y a pas de vouvoiement en hébreu. Les enfants apprennent donc à gérer leurs émotions et à les exprimer, les enfants sont acteurs de leur apprentissage, car on donne la parole à l’enfant en le responsabilisant et en le mettant de suite face à la réalité. Ainsi, on leur explique très tôt comment se servir d’un masque à gaz et l’utilité d’un abri anti-aérien. On les habitue aussi à la réalité qu’un adulte n’est pas un surhomme et qu’il peut s’évanouir, par exemple, ou qu’il peut se retrouver en difficulté, ce qui amènera l’enfant à devoir prendre des décisions et à agir de manière autonome dans une situation de crise, comme, par exemple, téléphoner à des numéros de téléphone qu’ils apprennent par cœur dès l’âge de trois ans. Les enfants sont aussi formés à la gestion du harcèlement et de l’agression physique, et très vite deviennent acteurs de leurs émotions, étant mis face à leurs faiblesses pour en faire des forces. Les jeunes français qui arrivent en Israël et à qui l’on demande ce qu’ils ont envie de faire ou d’étudier, en revanche, se sentent perdus car le système français ne les a pas mis face à ce type de possibilité de choisir. Être leader de son choix d’études signifie être leader de son choix de carrière, ce qui re revient à dire être leader de sa vie. Dans les écoles religieuses, comme dans les écoles non-religieuses, on sollicite les jeunes dès leur plus jeune âge pour faire du bénévolat, ce qui représente une autre forme de responsabilisation. En outre, le professeur principal en Israël joue aussi le rôle du grand frère ou de grande sœur, étant plus proche des élèves que son homologue en France, les enfants ayant la possibilité de s’adresser à eux de manière directe, par téléphone ou par les réseaux sociaux, lorsqu’ils ont des problèmes à la maison. L’accompagnement personnel serait souhaitable également dans les écoles juives en France, du point de vue du développement personnel ou du choix d’orientation pédagogique, de la gestion des émotions depuis tout petits et de la prise de parole pour les adolescents qui en ont besoin de par la période de vie essentielle et formatrice qu’ils traversent.

 
Le monde de la réorientation peut être un monde difficile, prendre du recul peut s’avérer compliqué, beaucoup d’appréhension peut caractériser l’arrivée en Israël des jeunes français qui ont besoin de pouvoir être accompagnés pour apprendre de nouvelles règles, se faire à un mode de vie beaucoup plus dynamique et autonome.

 
Le rabbin Nissim Malka a souligné ensuite le fait que la peur et l’appréhension sont des émotions qu’il faut comprendre et orienter, dès le plus jeune âge, dans des cercles d’éducation où l’on apprend aux enfants à embrasser leurs émotions et leurs tensions pour les faire évoluer. Chaque pays adopte un modèle éducatif qui lui est propre : l’Allemagne, la Norvège, la Suède, la France, l’Israël ont des systèmes éducatifs qui sont très différents. Certains sont novateurs, d’autres sont conservateurs. En France on sait qu’il y a une crise dans le monde de l’éducation qui révèle énormément de tensions. Chaque système a des choses à apporter, à corriger.
 
La suite de cette table ronde a été la toile de fond d’un dialogue rabbinique riche et passionnant, entre le rabbin Eyman Hagège et le rabbin Nissim Malka.
 
Ce dernier a commencé par rappeler la classification des six émotions de base identifiées par le psychologue Paul Ekman, avec beaucoup de sous-catégories. Ensemble ces émotions ont été décryptées par le prisme de la Torah, à travers la tradition juive.
 
Le rabbin Malka a parlé des émotions du dégoût, de la joie et de la surprise, alors que le rabbin Hagège a concentré son intervention sur les émotions de la peur, de la colère et de la tristesse.
 
La tristesse et la joie, deux émotions très fortes, antinomiques, ont été traitées en premier, tout en gardant à l’esprit qu’aucune émotion n’est mauvaise si elle est mise au service de la personne, au service de Dieu.
 
Le rabbin Nissim Malka a commencé par parler de la joie, tout en la résumant en quelques principes, qui ont intéressé tous les penseurs de l’histoire. La joie en particulier peut revêtir plusieurs formes, qui peuvent être mises en deux catégories : des joies productrices et des joies destructrices. Il y a certaines joies superficielles qui peuvent faire plus de mal que du bien, comme, par exemple, la joie de l’ébriété, bien que certains penseurs disent que la joie superficielle amène à la joie intérieure, réelle, qui permet de se sublimer. D’autres pensent que la joie superficielle peut être dangereuse, car elle peut détruire la personne : quelqu’un qui s’habitue à ressentir ce type de joie faible, et alors cela va amener la personne vers une habitude de plaisir qui ne permet pas une joie profonde. Le Maharal de Prague disait que la joie ne s’exprime qu’à travers l’esprit : « sache que la joie ne peut être perçue que par la dimension de l’esprit, parce que la joie réelle, c’est quand on a atteint une forme de complétude, d’harmonie. » On ne peut atteindre cette harmonie qu’à partir du moment où l’on a trouvé un équilibre entre son corps et son esprit. Si une personne concentre sa joie sur ses sensations, sur son corps, cela sera une joie ressentie au niveau du corps, donc elle sera faible. La joie réelle, celle qui dure dans le temps, qui nous nourrit, qui nous élève, c’est la joie qu’on peut ressentir à travers l’équilibre corps-esprit. La joie est une émotion, qui est d’abord spirituelle et passe par le cœur. D’ailleurs, lorsque l’on parle de joie, on évoque לֵב שִׂמְחָה באַ« simha ba lev », la joie du cœur. Pourquoi cet organe en particulier ? Parce que le cœur, le centre de régulation de l’émotion, produit cette énergie. Si elle est vécue comme sensation, elle risque d’être limitée à son aspect physiologique, et l’on peut passer, ainsi, à côté de ce que la joie peut apporter de plus profond, de plus beau, de plus durable, et qui passe par tous les niveaux de l’être et de l’âme. Elle passe par l’esprit et se véhicule par l’âme, nous rattachant, ainsi à Dieu. Dans le chapitre 5 des Tehilim (Psaumes) il est dit : « servez Dieu dans la joie », une joie qui n’existe que pour être associée à quelque chose de spirituel. La Talmud dira « il n’y a de joie que lorsqu’il y a du vin » pour une personne qui est triste, et qui, pour arriver à se reconnecter à quelqu’un d’autre, pourra partager son vin avec quelqu’un et échapper à la tristesse et vivre la sociabilité. L’interdiction des sages de boire du vin qui n’ait pas été fabriqué par un juif sert, ainsi, à éviter de trop sociabiliser et de perdre son identité. Le vin, c’est l’être, c’est la relation à l’autre, car sociabilité veut dire communication des esprits et des âmes, étant associé à quelque chose de plus durable et de plus profond, à toutes nos joies spirituelles, porteur de la possibilité de briser certaines barrières. Mais si une personne construite sa joie uniquement autour de la fébrilité que procure le vin, elle risque de se tourner vers autre chose que la joie. Dans tous les textes, la joie est mise sur un piédestal, étant considérée comme l’élément qui nous rapproche le plus de Dieu, qui nous connecte à Lui, et il est même interdit de respecter une mitzva en étant triste. Il y a dans la joie un aboutissement, une construction, d’un travail de longue haleine, puisque l’homme abouti est celui qui réussit à être joyeux de ce qu’il a, comme il est écrit dans les Pirke Avot.

 
Pour commencer à parler de l’ennemi ultime de l’homme, qui est la tristesse, le rabbin Eyman Hagège commence par raconter l’histoire d’un homme qui va voir un rabbin pour lui raconter tous ses problèmes de couple. Le rabbin lui dit : « Tu as raison. Maintenant je vais écouter ton épouse. » L’épouse arrive, le rabbin l’écoute et lui dit : « Tu as raison aussi. » Les deux époux sont contents. La femme du rabbin arrive et lui demande : « Comment as-tu pu leur donner raison à chacun, je ne comprends pas comment tu peux donner raison à deux personnes qui ne sont pas d’accord ? » Et le rabbin lui dit : « Toi aussi, tu as raison. » Dans le Talmud, lorsque les rabbins vont évoquer un point au sujet duquel il y aura de contradictions, auront tous raison. La seule raison qui orientera le choix entre le Beit Hillel, plus en lien avec bonté, et le Beit Chamaï, plus en lien avec la rigueur, sera le comportement. Ceci nous montre que la personnalité de personne peut avoir une influence sur les décisions halakhiques. Beaucoup d’émotions viennent du cœur, car c’est de là que vient la volonté de faire les choses, c’est de là que viennent les pulsions. La dimension de « afar », de la terre, c’est quelque chose qui est lourd et qui tire toujours vers le bas : de ce côté que nous avons tous en nous peuvent découler deux choses, la paresse et la tristesse. La personne qui a perdu sa motivation peut arriver à ressentir cela. Un exemple dans ce sens est celui de Joseph, qui fait des rêves dans lesquels il se voit comme vice-roi et il voit ses frères à ses pieds. Il raconte ses rêves à ses frères et il est triste car il ne comprend pas pourquoi ils refusent un projet divin, et en plus, il provoque leur haine au point qu’ils vont le vendre comme esclave. Malheureux, la seule solution qui lui reste est de reconnaître lui-même que derrière tout ce qui lui arrive il y a projet divin. Alors, la paresse ou la tristesse qu’on peut ressentir peuvent se débloquer à un moment donné lorsqu’on va comprendre que tout vient de Dieu. Dans les Pirke Avot il est, d’ailleurs, conseillé de faire attention à ne pas trop se rabaisser. L’homme se rabaisse lorsqu’il perd confiance en soi et alors il a un sentiment de tristesse et il n’est plus capable à travailler avec de joie. Il peut également ressentir de la colère, qui est une émotion qui vient du feu. L’eau est liée à l’émotion du plaisir, le vent est en rapport avec les paroles dans le vide. Le feu est alimenté et monte constamment, la colère vient quand l’homme est orgueilleux car enfermé en lui-même. Il faut, d’ailleurs, faire toujours attention à parler avec douceur pour ne pas tomber dans le feu de l’orgueil. Joseph se demande constamment pourquoi ses frères n’acceptent pas le projet divin selon lequel il sera vice-roi et il essaie de comprendre ce qui s’est passé avec ses frères pour qu’ils aient voulu le mettre en prison, il est triste mais pas en colère. Ses frères ont pourtant peur de Joseph et pensent qu’il est en colère contre eux. A la mort de leur père ils vont le voir et il leur répète qu’il ne peut pas être en colère car tout vient de Dieu et qu’il a compris que, derrière son épreuve, il y avait quelque chose de positif. Il était confiant dans son destin parce qu’il avait trouvé un objectif derrière, parce qu’il avait travaillé sur lui et il avait compris que Dieu l’accompagnait dans toute cette histoire. Tous les matins la mise des tefilin se fait dans la joie ; l’action qui peut nous tenter de faire telle ou telle chose est subordonnée tous les matins à la véritable joie du cœur. Il y a trois parties de la neshama : au niveau du cœur, au niveau du foie, au niveau de la tête. L’enjeu est très fort lorsqu’il est situé entre la tête et le cœur. Lorsque l’on prend en compte un décès, on se pose la question : « où doit-on regarder ? au niveau du cœur ou au niveau de la tête ? la mort cérébrale ou l’arrêt du cœur ? » Lorsqu’il y a mort cérébrale, le cœur ne peut plus respirer, c’est comme si on soufflait dans un ballon. Il faut, ainsi, toujours essayer de mettre une raison aux pulsions qui se trouvent dans le cœur, parce que ce n’est que de cette manière que nous allons enlever l’orgueil qui est la source de la colère et la lourdeur qu’on peut avoir et qui est source de tristesse et de paresse.

 
Le rabbin Malka a souligné le fait que l’absence de joie, c’est l’absence de vie, et c’est pour cela qu’il faut se battre pour surmonter ces pulsions lourdes comme la terre et qui nous tirent vers le bas, comme sable qui, lorsqu’il est sec, peut s’élever, mais qui tombe lorsqu’il est mouillé. Ensuite, il a abordé la notion de dégoût est une notion qui apparait souvent dans le Tanakh. C’est une notion qui est abordée par Dieu lui-même. Donc, qu’est-ce que c’est que le dégoût ? La théorie de Darwin et d’Ekman affirment qu’il y a des émotions qui sont universelles. A tel point que l’on peut tout de suite voir sur le visage de la personne, ou à travers ses micro-tics si elle est en colère, si elle est joyeuse, si elle triste. Le dégoût a une portée universelle, étant une forme de détestation naturelle, une réaction épidermique, automatique, quelque chose qui nous échappe complètement, mais qui reste culturel dans une grande partie. Le sociologue Claude Fischler parle du dégoût comme d’un élément bio-culturel. Nous risquons d’être dégoûtés devant un plat de sauterelles ou de vermisseaux, alors que dans un autre pays du monde on n’aurait pas le même rapport au dégoût. Dans la Torah, lorsque Dieu évoque les sacrifices qui ont précédé la dernière génération d’avant la destruction du Temple, la notion de dégoût est employée : « je vomis le sacrifice », « la terre vomira ses habitants ». C’est une réaction de rejet. Lorsque Dieu est content à propos des sacrifices, il est écrit « une odeur agréable pour Dieu », pour signifier l’intention, la kavana, ce qui se dégage de quelque chose, car, à travers le korban, il va y avoir quelque chose qui va se dégager. Lorsque l’intention qui accompagne ces sacrifices n’est plus du tout acceptée, ils deviennent dégoûtants. A une époque, les sacrifices étaient l’expression d’une relation extrêmement forte avec Dieu, et l’intention honorait la personne qui offrait. Lorsque les personnes vont commencer à offrir des sacrifices comme une manière de se dégager d’une formalité administrative, l’intention n’est plus du tout acceptable et l’odeur devient dégoûtante. Dans le livre de Devarim il est écrit : « n’apporte pas d’abomination dans ta maison … déteste-la, repousse-la avec horreur, vois en elle quelque chose de dégoûtant, qui est voué à l’anathème ». Il y a donc des réactions de dégoût automatiques, naturelles, et d’autres qui se rapportent à des choses qu’on doit intellectuellement choisir de repousser. Le dégoût est sociologique, dépendant de la conjoncture spatio-temporelle, et la Torah nous demande de considérer certaines choses comme dégoûtantes. En réalité, il n’y a rien de naturellement dégoûtant et le dégoût est construit culturellement. Tout le champ lexical du dégoût est associé à une sensation, à un sentiment. La Torah, pour nous mettre en garde, associe certaines déviances à ce type de champ lexical, de nomenclature, pour nous permettre de ressentir ce type de sensation. La notion du dégoût est une arme, une manière d’analyser notre rapport aux choses, notre comportement, pour nous permettre de nous en éloigner. Une tromperie sera considérée dégoûtante et l’on va mettre en parallèle dans la Torah l’interdiction de convoiter avec l’interdiction de l’idolâtrie. D’autres personnifications seront faites pour que l’on puisse établir des parallèles entre les sentiments que l’on ressent naturellement et les sentiments que l’on devrait ressentir vis-à-vis de certaines transgressions.

 
Le rabbin Hagège parle ensuite de la notion de peur, en évoquant deux images complémentaires et qui parlent de notre service divin: la crainte que l’on ressent parce que Dieu est devant nous et la peur de ressentir que l’on est devant Dieu. Une autre peur est celle du changement ou du bien -fait. On voit souvent dans la Torah la notion de peur : Abraham avait peur, Itzakh avait peur, même Moise avait peur. La peur existe chez l’être humain et elle est normale. Lorsqu’il va en Egypte à la demande de Joseph, Jacob va avoir peur au milieu de son voyage, lorsqu’il prend conscience qu’il va y avoir un changement radical dans sa vie : il part en Egypte à un âge avancé, il va créer un foyer en dehors d’Israël. Il sait que son but qui est de créer le peuple hébreu se fera dans un endroit qui n’est pas l’idéal. C’est une souffrance pour lui. Rachi nous dit que Dieu a dit à Jacob : « n’aie pas peur parce que tu souffres », tant que tu as cette conscience-là, tu ne dois pas avoir peur, car cette prise de conscience te protège. L’exemple de Moise qui tue l’Egyptien et qui a très peur à un moment donné ne nous parle pas de la peur du changement mais il se pose la question : « est-ce que j’ai bien fait ? » Maintenant il va se savoir qu’il a tué, le pharaon va l’entendre et va obliger Moise à fuir pour Midian. Rachi se pose la question : « pourquoi nous dire que Moise a eu peur à ce moment-là ? » Le Rabbi Loubavitch nous dit que le pharaon a entendu l’histoire de Moise parce que Moise a eu cette peur. Le manque de confiance en soi et en Dieu a changé l’histoire. C’est le doute de Moise qui a créé un changement dans l’histoire. Pour résumer, la peur peut être positive car elle peut nous mener à une prise de conscience qui nous permettra de nous protéger à l’avenir, et, de l’autre côté, on peut nous-même trahir notre histoire et changer le futur. Être trop dans le doute peut être mauvais pour la personne.

 
Le rabbin Malka continue et évoque la surprise, tout en se demandant pourquoi la surprise a été classée parmi les émotions fondamentales. Qu’est-ce que c’est que la surprise ? Pour bien traduire un terme il faut bien le comprendre. Etymologiquement, la surprise, c’est sur-prendre, prendre au-dessus, prendre en trop. La sour-prise était un impôt supplémentaire, qui n’était pas prévu, qui était pris en trop. C’est donc l’émotion du trop-plein. Dans les définitions des dictionnaires, être surpris, c’est être frappé par l’inattendu (Larousse). Une autre définition est « être pris au dépourvu », « être dans un état de trouble ». Il s’agit d’une émotion qui nous assaille. On peut aussi faire une surprise à quelqu’un, donc lui provoquer ce trop-plein d’émotion. Il y a de bonnes et de mauvaises surprises. Dans la tradition juive, faire une surprise n’est pas forcément une bonne chose. Celui qui donne un gâteau à un enfant doit le faire savoir à ses parents. Le problème de la surprise est que, si elle est trop bien réussie, elle peut provoquer quelque chose de négatif. D’après le Midrash, Sarah a eu la surprise de savoir son fils en vie. Lors de la ligature d’Itzakh, Sarah pensait que son fils allait être sacrifié et, finalement, on vient lui annoncer de manière abrupte, tout en la surprenant, que son fils est vivant. Cette bonne surprise va provoquer une réaction chez Sarah qui va causer sa mort. Un sentiment, lorsqu’il est trop puissant, peut avoir un effet dévastateur. Un autre exemple est l’annonce qui est faite à Abraham et à Sarah qu’ils vont avoir un enfant à leurs âges avancés. On a l’habitude de mettre en évidence le fait que Sarah a ri. Mais en réalité tous les deux ont ri car tous les deux ont été surpris, car ils n’étaient plus en âge d’avoir des enfants. La surprise peut provoquer le rire, un rire amer ou un rire joyeux. Parfois, c’est une mauvaise surprise, comme lorsque Moise va descendre avec les tables de la loi du Mont Sinaï, s’attendant à voir un peuple qui l’attend avec joie, et il a une très mauvaise surprise, car il trouvera le peuple d’Israël avec le veau d’or. Cela le conduira à jeter ou à casser les tables de la loi ou à les faire tomber de stupeur. La surprise a provoqué cette réaction, et l’on voit qu’elle peut causer des émois positifs comme négatifs. Dans tous les cas, il n’existe pas dans la tradition cette notion de la bonne surprise, car on ne voit pas comment on pourra surprendre Dieu. Il serait étonnant que Dieu découvre quelque chose par surprise, Dieu étant omniscient. Ce qui provoque la surprise, c’est le rapport à l’inattendu chez l’homme. Tant qu’on a un rapport à la connaissance qui est fini, alors il permet l’espace et l’arrivée de la surprise. On n’est jamais déçu d’une bonne surprise, mais c’est l’émotion qui l’accompagne qui est à considérer. Dans la tradition juive, on a un regard plutôt mitigé sur le concept de surprise, puisque c’est cacher quelque chose à quelqu’un, ce qui avoisine la notion de rétention d’information, qui n’est pas à privilégier dans le rapport à la vérité. C’est à manier avec beaucoup de précaution, car les émotions sont fortes.

 
Cette soirée a été une véritable surprise, et le fait de pouvoir entendre des points de vue et des témoignages si différents, venant de domaines de compétences si variés, nous a donné l’occasion de beaucoup apprendre.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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